Pour un design d’information
L’intégralité de cet article écrit en mars 2009 vient d’être publié en avril 2010 dans la revue Manystuff Issue#1 sous le titre “Pour un design minimal (d’information)”. Mes remerciements s’adressent à Charlotte Cheetham, directrice de cette revue pour lequel nous vous invitons à découvrir le sommaire sur son site web Manystuff.
Retour sur l’histoire
Pour l’essentiel, le design graphique trouve son origine après la Seconde Guerre mondiale « à travers deux facteurs : le passage à la photocomposition froide puis numérique modifie, accélère, renouvelle, ouvre des perspectives au traitement du texte, donc à la typographie ; d’autre part le développement de la consommation exige et suscite celui de la publicité [1] ».
On doit l’imagerie actuelle en communication visuelle aux avant-gardes du début du vingtième siècle avec les mouvements artistiques cubistes, dadaïstes, surréalistes, futuristes, constructivistes, De Stijl, Les Nabis… mais également les années 50 avec le style suisse international ; le Bio-Design des années 60 dans le design industriel, l’Art vidéo, etc. ; la fin des années 60 à 80 avec l’essor du New Age, le Technological Design ; le style Grunge, l’art du graffiti des années 90… Au final se dessine un fond d’arts graphiques international [2] , avec une multiplicité d’aspects, révélés aux mêmes titres que ceux des champs de l’histoire de l’art et des arts décoratifs.
Les tensions économiques, les pensées religieuses, philosophiques et sociales, les courants politiques, les inventions technologiques, mais aussi le croisement avec d’autres disciplines telles que la littérature, la musique, l’architecture, le cinéma, la mode, le design industriel, etc. tout cela crée un ensemble d’influences qui non seulement se succèdent mais aussi s’entrecroisent, disparaissent parfois, puis réapparaissent. Pris sur un temps déterminé, c’est ce que l’on nomme couramment un effet de mode qui éprouve ce besoin irrépressible de renouvellement et d’identification à des courants de pensée, tout en s’inscrivant en tant que mouvement artistique dès que celui-ci résiste au temps. Mais le vecteur qui façonne le plus la production des signes graphiques est le contexte social de l’époque qui joue un rôle déterminant dans l’imagerie de masse. Nous pouvons par exemple citer les années 70 et la libération des mœurs, les années 80 et la contestation économique, les années 2000 avec la prise de conscience écologique. Tout cela se retrouve bien sûr chez les designers, les artistes et les publicitaires qui se réapproprient immédiatement les codes donnés à travers leurs créations visuelles, pour les affirmer aux yeux de tous.
Enfin, il appartient de distinguer les images séductrices véhiculées par la publicité, de celles créées pour le secteur de la communication visuelle. En effet, si les premières ont toujours pour objectif de provoquer l’impulsion d’achat, l’identification à une marque et dans ses aspects les plus forts, à l’appartenance à un groupe social ; le langage textuel est au cœur de la communication visuelle, même s’il emprunte des codes graphiques semblables à la publicité, ce qui au passage, peut concourir à une confusion entre ces deux domaines.
[…] L’accélération de la production économique de ces 40 dernières années induit de nouvelles donnes que seule une communication « plus efficace » semble pouvoir satisfaire. Par ailleurs la diversification des médias informatifs obligent à reformuler la façon de communiquer. Désormais, il existe en effet une grande multitude de canaux (imprimés, téléphones, vidéos, Internet, SMS, etc.) et d’outils (bornes interactives, ordinateurs portables, iPod, Palm, iPhone, eBook, etc.), donc une information diversifiée et disponible partout, qu’il s’agit de rendre lisible pour l’usager par un design réfléchi. De ces nouvelles réflexions découle la naissance d’une discipline en lien avec le développement urbain et l’accroissement des médias de communication et d’orientation, ainsi que de la relation de la communication à son usage : le design d’information [3] qui est hérité de divers courants de pensées à l’entre-deux-guerres. Il trouve son intérêt dans tous les domaines où l’information se doit d’être performante en terme d’accessibilité auprès de l’usager : c’est tout particulièrement le cas des signalétiques urbaines, mais également des interfaces de logiciels, des systèmes de billetteries automatisés, des identités visuelles, des éléments textuels complexes tels que les rapports d’activités, les annuaires, la cartographie, et d’une manière générale du design des signes et des graphiques. Ce secteur est en pleine évolution, trouvant notamment une place privilégiée, à travers les technologies de l’information et de la communication (TIC).
[1] Jean-Luc Dusong & Fabienne Siegwart, Typographie. Du plomb au numérique, Dessain & Tolra, Paris, 1996.
[2] Un fond d’archive à été créé par l’American Institute of Graphic Arts (AIGA) qui regroupe des œuvres d’arts graphiques de 1914 à nos jours.
[3] L’histoire du design d’information a été influencé par les personnalités suivantes : le cartographe Jacques Bertin, le sociologue & philosophe Otto Neurath, le graphiste Herbert Bayer, l’architecte et éditeur Richard Saul Wurman, etc. (merci à Paul Khan de l’agence Khan + Associates pour ces précieuses informations). Alan Zaruka, « Une démocratie visible par tous », Étapes nº 140, Paris, janvier 2007, p. 56-61. Edward R. Tufte, Envisioning Information, Cheshire, Graphics Press, 1990. L’International Institute for Information Design fédère cette activité sur le plan mondial. Il en est de même avec The Information Design Association.