et publié sous le titre Demain le livre, Paris, Éditions de l’Harmattan, 2007.
Les vertus du livre à l’heure du multimédia
La question de la matérialité du livre, de sa forme, de son anatomie et de sa morphologie est depuis quelques temps à la mode. Longtemps, l’histoire du livre s’est confondue avec celle de ses contenus, et principalement des textes. L’histoire du livre était celle des idées véhiculées par le livre, une histoire de la littérature, une histoire aussi des auteurs. Les bibliothécaires eux-mêmes pensaient qu’un titre et un nom d’auteur suffisaient à caractériser un livre, ignorant qu’il existait des milliers d’exemplaires qui sont autant d’objets différents répondant à la même définition. C’est évidemment à l’irruption de l’électronique et plus généralement des écrans, qu’il faut attribuer ce mouvement d’intérêt pour la morphologie du livre et son fonctionnement propre. Tant que le règne du papier était sans partage, il était difficile de voir le livre comme un objet matériel. Pour observer un bocal, dit-on, mieux vaut ne pas être poisson. Avec l’électronique, il s’est agi d’abord de constituer une sorte de « défense et illustration » du livre, objet sensible qu’on croyait menacé. Puis, constatant que le livre résistait et même prospérait malgré l’électronique, le soulagement a succédé à la crainte et justifié des recherches qui expliquent pourquoi le livre subsiste à côté d’outils informatiques qui lui sont, par beaucoup d’aspects, bien supérieurs.
Je vais essayer, très sommairement d’analyser les vertus qui distinguent le livre de l’écran, pour comprendre jusqu’où cette structure du livre plonge ses racines et pourquoi elle conserve des propriétés toujours utiles.
L’intérêt propre du livre n’est pas dans son contenu, puisque celui-ci, textes et images, se retrouve intégralement sur l’écran ou sur tout autre support. C’est bien évidemment dans sa forme matérielle qu’il faut chercher ses vertus propres. Son succès durable peut s’expliquer d’une part par sa facilité pratique, d’autre part son efficacité symbolique, ce qui est plus délicat. On aurait pu imaginer, en refaisant l’histoire, que l’on passe directement du rouleau à l’écran. Le livre, sous sa forme de codex, est un curieux détour ! Pourtant, lorsqu’on voit à quel point les structurations des données électroniques s’inspirent de celles du livre, on peut supposer que ce détour était indispensable. Il faut chercher où la forme du livre a pris racine, en posant comme hypothèse que les raisons qui ont conduit à adopter cette structure nous feront comprendre pourquoi elle a triomphé pendant deux millénaires des autres. Or, si l’on se penche sur les origines du livre, sous la forme dans laquelle nous le connaissons aujourd’hui, celle du codex, par opposition à celle qui l’ont précédé pendant des millénaires, aux stèles, aux tablettes et aux rouleaux, nous nous trouvons confrontés à un curieux mystère.
Les avantages du codex sur le rouleau paraissent évidents. Il est même inutile de s’y attarder : Il est compact et ne risque pas de s’écraser ; l’ouvrir et le refermer évitent d’avoir à le rembobiner, (manœuvre fatale aux microfilms et aux bandes vidéos) ; il se manipule facilement, même d’une seule main, ce qui permet d’écrire en lisant ; sa pratique plus simple et plus intime favorise la lecture à voix basse contrairement au rouleau, plus public et solennel ; son étiquetage est visible et solide ; son indexation est facile en raison de la séparation des pages qui permet une structure interne immédiatement accessible, et la constitution d’index ou de tables. En termes modernes, on dirait que la structure physique du codex (volumes, pages, lignes) est bien adaptée aux structures logiques de son contenu (parties, chapitres, paragraphes), et permet la hiérarchisation, la fragmentation et l’articulation des idées en parties et sous-parties. Le livre est lui-même une arborescence. Or, on sait que cette correspondance entre structure physique et structure logique est l’obsession de toute norme informatique, qu’il s’agisse de SGML, HTML ou autres, qui, d’ailleurs, à leurs débuts, avant l’apparition de l’hypertexte, étaient entièrement décalquées sur les structures du livre.
Voilà beaucoup de raisons qui pourraient laisser croire que l’invention du codex, dont on a les premiers témoignages à Rome au 1er siècle après J.-C. fut une révolution qui rendit vite obsolète l’usage du rouleau, si malcommode, fragile et encombrant. Or, il n’en est rien. Le codex fut peu utilisé. Son usage, lent et progressif, ne remplaça le rouleau totalement que quatre siècles plus tard. Certes l’usage du papyrus ne favorisait pas l’usage du codex qui suppose de plier la feuille, ce que seul le parchemin pouvait supporter sans risque. Mais le parchemin était déjà connu des premiers utilisateurs du codex et n’était peut-être guère plus coûteux que le papyrus. De l’origine du codex, des raisons de son apparition et de son très lent succès, nous ne savons presque rien pour deux raisons : le peu de témoignages qui en subsistent et qui ne s’élèvent qu’à quelques centaines pour ces quatre premiers siècles, et la lenteur même de ce processus qui s’étend donc sur quatre siècles et dispersé sur une aire géographique importante, le pourtour méditerranéen, avec cependant deux points forts : Rome et Alexandrie. Deux certitudes pourtant dans ce mystère, mais certitudes contradictoires : le codex a été inventé à Rome pour diffuser des œuvres littéraires, tel que nous le décrit le poète Martial dans les années 80, en revanche, son développement coïncide exactement avec l’essor du christianisme qui l’adopta massivement : 158 des 160 fragments d’écrits chrétiens avant le IVe siècle sont des codex (les plus anciens connus étant un évangile selon saint Jean, les Actes des apôtres et des lettres de saint Paul). L’invention romaine fut donc sans impact sur le milieu littéraire. C’est à la conjonction d’une communauté chrétienne dispersée sur le pourtour méditerranéen à partir de la seconde moitié du 1er siècle que le codex doit son essor.
Pourquoi les chrétiens, et eux seuls, adoptèrent-ils la forme du codex ? Pour Van Haelst, « une telle rapidité peut s’expliquer aisément pour trois raisons : l’Evangile n’est pas un livre littéraire ordinaire, c’est un manuel de vie qu’il fallait constamment utiliser aussi bien dans la liturgie que dans la vie privée. Ensuite, c’est un livre nouveau, il subissait donc moins que les œuvres classiques les contraintes culturelles du volumen. Enfin, dans des communautés hiérarchisées comme l’étaient les premières communautés chrétiennes, avec leurs episcopi, presbyteroi et diaconoi, la circulation des idées et des choses était plus rapide et plus cohérente [1]. Selon C. H. Roberts et T. C. Skeats, « la prédilection des chrétiens pour le codex biblique ne peut s’expliquer uniquement par des avantages bien réels du codex sur le rouleau : économie, capacité, facilité de référence etc. Elle postule une motivation puissante de caractère religieux. Un Évangile, écrit dès le départ sur codex, aurait, en raison de son autorité, imposé
sa forme aux autres écrits bibliques, ensuite à toute la littérature chrétienne [2]. »
C’est peu dire que l’Évangile n’est pas un livre ordinaire. Il faut noter que la Torah, dans sa forme liturgique, est toujours un rouleau, protégé par un coffre et entouré des précautions qu’on doit à un objet sacré. L’Évangile, bien qu’il contienne des textes sacrés, reste un objet ordinaire et dont l’usage est personnel et obligatoire. Il y a donc vraisemblablement deux séries de raisons qui expliquent que le rouleau ait été, chez les chrétiens, remplacé par le codex, et pourquoi cette formule l’a emporté. Des raisons pratiques : le parchemin plié était déjà utilisé pour des fonctions domestiques comme les carnets de notes et les livres de comptes, plus facile à manipuler, à transporter et à conserver que le rouleau. Or, la religion chrétienne suppose un usage quotidien et individuel de l’Ecriture sainte, ce qui a contribué à diffuser l’écriture, réservée aux lettrés, dans toutes les couches de la population. Le codex permet une appropriation du contenu qui adhère à son support, que l’on garde avec soi et que, d’une certaine façon, l’on s’incorpore par une pratique permanente. Le christianisme bouleversa la croyance hébraïque en proclamant l’avènement du règne de Dieu. L’arrivée du messie chrétien marque la fin de l’Écriture. C’est un achèvement de l’histoire : l’écriture est close. Il n’y aura plus d’écriture sainte après cette écriture. Le livre peut se fermer sur lui-même. Ceci peut expliquer pourquoi la Thora reste enroulée et cyclique. On a même supposé que c’est volontairement pour se distinguer des juifs que les chrétiens adoptèrent le codex. Voilà en tout cas définis les deux propriétés du codex qui justifient son succès, encore aujourd’hui malgré l’écran : l’écriture y est solidaire de son support qu’on peut pratiquement s’incorporer, le codex, surtout, s’ouvre et se ferme.
C’est un objet complet et autonome. On peut même dire qu’il est autosuffisant. Il renferme une vérité achevée dont la hiérarchie interne peut donc s’organiser d’une manière définitive et stable par rapport à un ensemble fini.
L’ordinateur ne possède aucune de ces possibilités. C’est un outil de lecture ouvert à toute écriture nouvelle qui suppose une désolidarisation du texte et de son support, croyance qui n’est rien moins qu’évidente. Dans de nombreuses religions, notamment hindouistes, bouddhistes et shinto, le support, indissociable du texte, fait l’objet d’un culte. Le texte des prières ou des formules sacrées est inséparable de leur condition matérielle d’objet. Dans la religion hébraïque, l’écriture est sacrée et le scribe qui recopie la Torah ne doit commettre aucune erreur. Toute version fautive ne peut être détruite, elle est reléguée dans un lieu particulier, une sorte de cimetière des écritures ; la sacralité du texte imprègne le support, mais c’est bien l’écriture que l’on révère et non son support. Les juifs adoptèrent à leur tour le codex mais pas avant le VIIIe siècle. Les chrétiens se distinguent des uns et des autres en ne portant aucun culte ni au support ni à la forme physique de l’écriture même, tout en faisant du livre saint un objet indispensable mais ordinaire, un accessoire de la liturgie et de la croyance plus qu’un objet de culte à proprement parler, comme peuvent l’être les reliques par exemple. Ce que les chrétiens ont inventé, c’est ce qu’un informaticien appellerait la « portabilité » du texte sacré, sa « compatibilité » à n’importe quel support dont il demeure pourtant solidaire. Cette croyance dans le caractère humain de la facture du texte et de la nature du livre, fut un pas décisif pour l’humanité : c’est une préalable à l’invention de l’imprimerie et de toute reproduction mécanique de l’écriture, reproduction à laquelle toutes les autres écritures, notamment arabes et orientales sont inadaptées et sont restées pour cela longtemps réticentes.
Pour les chrétiens, Dieu n’a pas écrit la Bible, sauf les Tables de la loi. Pour eux, Dieu, c’est le Christ. Pour les musulmans, Mahomet n’est pas Dieu. Dieu, c’est le Coran. Le Coran n’est pas un livre mais la figuration de la parole de Dieu. En revanche, comme pour les chrétiens, les musulmans peuvent donner au Coran la forme du codex puisqu’il est complet et achevé, mais les pages en sont encadrées de manière à délimiter une sorte d’espace réservé à Dieu. On a donc tort de parler de ces religions comme des religions « du livre » : ce sont des religions du verbe et, quant au christianisme, loin de sacraliser l’écriture, il l’a au contraire banalisée, pour en faire un objet de consommation, dont sauront s’emparer la Réforme et le capitalisme.
Dans le livre, contrairement à l’ordinateur, la vérité est connue d’avance.
Il la contient. Elle ne peut s’en échapper et celui qui connaît cette vérité préconçue s’appelle son « auteur ». Le livre, considéré comme version définitive et complète d’une vérité suppose la notion d’auteur et fonde l’auteur comme individu, au sens où l’entendaient les Lumières. L’autorité du livre supporte l’entière responsabilité de son contenu, inaltérable, d’autant mieux que ce contenu est précisément délimité et compris, comme disent les musulmans, « entre deux couvertures. »
C’est ainsi que Kant définit le livre, non comme une unité matérielle, mais comme une unité intellectuelle qui a reçu une forme stable et fonde le statut de l’homme comme auteur. Aujourd’hui, sait-on encore ce qu’est un livre ? Cette totalité physique et logique que le bibliothécaire appelle « unité bibliographique » oppose radicalement le livre à l’ordinateur. L’ordinateur n’a pas de contenu propre. Son centre peut être partout dans le monde et sa périphérie nulle part. Le livre est une unité factice, une façade, mais son titre unique donne accès à un édifice qui peut être décomposé. Michel Foucault a bien raison, dans « L’archéologie du savoir », de nous prévenir contre cette illusion du livre comme unité intellectuelle : « le livre a beau se donner comme un objet qu’on a dans la main ; il a beau se recroqueviller en ce petit parallélépipède qui l’enferme : son unité est variable et relative. Dès qu’on l’interroge, elle perd son évidence ; elle ne s’indique elle-même, elle ne se construit, qu’à partir d’un champ complexe du discours [3]. » Mais lui-même est piégé par cette autre illusion qui lui fait confondre le texte et le livre. Cette décomposition à l’intérieur d’une unité indissociable, n’est pas due au « champ complexe du discours », mais bien à la forme matérielle du livre et plus précisément à ce qui fait sa structure : le pli, le cahier et la couverture.
On peut dire que le livre est né du pli. Prenez une feuille et pliez la en deux : vous obtiendrez ce qu’on appelle un livre. Il tient debout. Il s’ouvre et se ferme. La feuille est devenue volume. La pensée pliée n’est pas la pensée déroulée. Elle n’occupe ni le même espace ni le même temps.
Le pli opère ce prodige de transformer une forme simple en une forme complexe sans rien y ajouter. La feuille passe du simple au double, au quadruple même et plus s’il le faut. Elle acquiert d’un coup d’ongle la troisième dimension. Un seul pli sur un seul feuillet suffit à organiser l’espace en quatre pages qui s’ouvrent sur l’infini comme l’anneau de Moebius. Le pli divise les espaces sans les séparer, à la fois distincts et solidaires, deux à deux, recto-verso mais aussi face à face ou dos à dos, extérieurs et convexes, intérieurs et concaves, deux contigus et deux opposés. La pliure, bien qu’elle soit unique, joue un rôle différent selon l’angle considéré. Elle unit et elle sépare. Le livre permet ainsi de penser le continu dans la discontinuité et le discontinu dans la continuité. Du pli naît alors une forme de pensée qui est celle de la dialectique, qui s’articule au rythme des pages que l’on feuillette, qui s’opposent et se dépassent. On appelle lecture ce qui oriente cet espace. Il prend alors un sens. Et quand le livre est fini, l’affaire est pliée.
Le cahier qui assemble les plis, n’a pas qu’un rôle fédérateur et unificateur de pièces différentes et dont le contenu peut être incohérent. Le cahier permet de feuilleter le livre et lui assure une mobilité. C’est l’articulation mécanique qui traduit les articulations du texte et de la pensée. Le cahier donne vie au livre et l’inscrit dans le temps autant que dans l’espace. La couture qui donne vie au livre, lui permet de bouger s’appelle le nerf. Le nerf rend les cahiers solidaires et les attache à la couverture. La couverture aussi joue un rôle essentiel dans la signification implicite du livre, en circonscrivant le contenu du livre dans un espace fini. Le livre trouve là sa plus grande différence avec toutes les nouvelles formes du texte qui, au contraire, n’ont pas de fin programmée, à commencer par le périodique, qui fut inventé précisément pour échapper à la couverture, pour que le texte puisse déborder du livre, se poursuivre sans cesse. Ainsi ont fait les bases de données. Grâce à la couverture, le livre est donc complet, achevé. Tout doit être dit entre la première et la dernière page. Grâce à la couverture, le livre est à lui-même sa propre boîte, enfermant son contenu comme un secret.
Ce n’est donc pas le contenu qui fait signe dans le livre, c’est sa forme symbolique, au sens ou Panofsky parle de la perspective comme d’une forme symbolique, c’est-à-dire, finalement une façon de penser. Dans son ouvrage Architecture gothique et pensée scholastique Panofsky nous invite d’ailleurs à considérer ainsi le rapport du livre à sa signification profonde : « C’est seulement, semble-t-il, dans la première partie du Moyen Age que l’on divise les « livres » en « chapitres » numérotés sans que la succession des chapitres implique ou exprime encore un système de subordination logique, et c’est seulement au XIIIe siècle que l’on organise les grands traités conformément à un plan d’ensemble [4]. » C’est bien ce « conformément à un plan d’ensemble » qui donne au livre toute sa valeur face aux performances du périodique et de l’ordinateur, dont le contenu n’est jamais achevé, donc prévisible et maîtrisable. La forme homogène et structurée du codex sert donc à rassembler les éléments hétérogènes et à leur conférer une unité et une stabilité, voire une transcendance, comme ce fut le cas pour les grands corpus religieux. Il en va de même des recueils de textes, « sommes », encyclopédies et œuvres philosophiques composites, les Pensées de Pascal ou Essais de Montaigne, voire des traités aussi hétérogènes que La Physiologie du goût de Brillat-Savarin ou des romans comme Don Quichotte ou Le Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki, dans lequel les histoires sont comme emboîtées les unes dans les autres à l’intérieur d’un livre.
Le codex induit donc dans notre pensée et dans notre comportement un rapport particulier à la vérité, au temps et au corps. Le codex est l’objet d’une vérité unique, complète et autosuffisante pourvue d’un titre et d’une autorité. Il s’oppose à l’écrit électronique sans cesse ouvert sur des vérités multiples, provisoires et constamment inachevées. Le codex suppose un temps linéaire et mesurable, une origine et une fin, et par conséquent une conception unilinéaire de la causalité. Tout y est inscrit dans une même chronologie, ce qui a conduit à surinvestir la notion d’Histoire comme mesure universelle et comme explication du monde, alors que le texte électronique va nous amener à nous détacher de l’histoire et nous ouvrir sur une conception de la causalité multifactorielle, une conception constamment actualisée de l’histoire, une prise en compte de chronologies différentes et néanmoins simultanées.
Enfin, le livre, contrairement à l’ordinateur, est un objet organique. Il ne faut pas sous-estimer cette particularité dans le rapport physique que l’on peut avoir au livre, rapport intime et vite corporel voire passionnel. Fait de peau et de papier, animal et végétal, le livre non seulement apparaît comme un prolongement du corps ou de la parole, un objet en quelque sorte ‘transitionnel’ diraient les psychologues, parfois même (notamment dans les nombreuses métaphores qui l’assimilent à un organisme vivant), comme une sécrétion du corps humain. Le livre est un objet combustible, putrescible et même comestible. « Dévorer » un livre n’est pas seulement une métaphore, les histoires et les mythes abondent dans lesquels le livre est physiquement absorbé par son lecteur, à commencer par le célèbre passage de l’Apocalypse de saint Jean [5]. La manducation du livre s’assimile à la « rumination » du texte sacré murmuré ou psalmodié. Le vocabulaire du livre révèle d’ailleurs sa parenté avec le corps humain. Les relieurs parlent de la « tête », du « dos », du « corps » et de la « coiffe » et des « nerfs » d’un livre.
[1] J. van Haelst dans Les Débuts du codex. Actes de la journée d’études organisée à Paris les 3 et 4 juillet 1985 par l’Institut de papyrologie de la Sorbonne et l’IRHT, édités par A. Blanchard, Turnhout, Brepols, 1989.
[2] Robert H. Skeats, The Birth of Codex, London, Oxford Univ. Press, 1983 ; E. Turner, The Typology of the Early Codex, Univ. of Pennsylvania Press, 1977 et C.-H. Turner, Manuscript, Society and Belief in Early Christian Egypt, Oxford, 1979.
[3] Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, p. 31.
[4] Erwin Panofsky, Architecture gothique et pensée scolastique, [1951], trad. fr., Paris, éd. de Minuit, 1967, p. 93.
[5] Apoc., 10, 9 – 11.